62‣ Aligner son cours avant la rentrée

Comment une carte mentale peut-elle m'aider à réfléchir à l'alignement pédagogique de mes cours ?

62‣ Aligner son cours avant la rentrée
Roadsworth, Natural Cycle, Londres (UK), 2022. Reproduit avec l'autorisation de l'artiste. Source.

Aligner un cours, c'est décider par quel chemin on souhaite atteindre la compétence. Mais entre comprendre le principe et l'appliquer, un samedi du mois d'août, il y a parfois un écart. Le principe tient en trois lignes, mais la pratique, elle, tient sur quinze semaines, et une trentaine de séances, et une centaine de décisions... Grâce à l'IA, je me suis construit un outil pour concevoir mes leçons et mon calendrier du trimestre avant de les glisser dans mon plan de cours. Voyons un peu comment ça marche.


► Lorin Anderson est chercheur et professeur en éducation à l'Université de la Caroline du Sud. Il est surtout connu pour avoir révisé, avec le psychologue cognitiviste David Krathwohl, la célèbre taxonomie de Bloom il y a 25 ans.

Anderson, L. W. (2026). Curriculum alignment (Educational Practices Series, n° 37). unesdoc.unesco.org (Image créé par Claude Cowork Opus 5)

Dans une publication récente portant sur l'alignement curriculaire, Anderson représente cet alignement par un triangle dont les trois sommets sont les objectifs, l'enseignement et l'évaluation. Chaque côté du triangle est l'alignement d'une paire. Et il fait cette remarque que je trouve éclairante : presque aucune étude n'a jamais examiné les trois composantes ensemble. On les regarde deux à deux.

C'est exactement mon problème en ce beau samedi. Mes objectifs sont dans un document, mes activités dans un autre, mes évaluations dans un troisième et le triangle ne se ferme pas.

Bissonnette et Gauthier (2012) proposent une méthode que j'ai adapté à ma réalité collégiale. Voici une façon de procéder (parmi d'autres), en quatre étapes.

Ce qu'on fait quand on aligne

Il s'agit d'une planification à rebours, qui part de l'examen final et qui expose chacune des leçons, parce que la leçon est l'objet que je manipule réellement quand j'enseigne.

Je pars de la compétence que je veux voir acquise au terme du trimestre. Qu'est-ce que mon étudiant·e devrait être capable de faire une fois le cours terminé ? Quelles sont mes attentes en vue du cours suivant dans la séquence ? Je définis ici non seulement les habiletés à développer, mais aussi mes critères et mon échelle de performance qui me permettront d'en attester. Et les différents objectifs et les étapes par lesquels il faudra passer pour y arriver.

Je donne un objectif à chaque leçon. À ne pas confondre avec un thème ou un titre de chapitre, mais bien un but. L'objectif n'est pas non plus une activité d'apprentissage. Comment le formuler ? «À la fin de cette leçon, mes étudiantes et mes étudiants seront capable de...» faire quelque chose qu'ils ne savaient pas faire en entrant. C'est plus exigeant que ça en a l'air, parce que ça oblige à répondre à une question simple : à quoi sert ma leçon ?

J'enchaîne ces objectifs. Au fil du trimestre, de cours en cours, chaque objectif doit préparer l'objectif suivant. Et, tous ensemble, ils doivent conduire à la compétence visée en fin de trimestre. Une leçon dont je ne sais pas dire en quoi elle rapproche l'étudiant·e du but final est une leçon qui n'est pas alignée. Elle est à revoir, parfois même à laisser tomber. Ensuite seulement, je pose, pour mes objectifs, les différentes tâches et les activités qui permettent de les atteindre.

Je place enfin les connaissances préalables pour que ces activités fonctionnent. Ici, la question n'est pas « quelle matière je dois couvrir ? », mais bien « que faut-il savoir pour faire la tâche et atteindre l'objectif ? ».

Tout ça pour garantir une chose qu'Anderson appelle l'«occasion d'apprendre». Quand on essaie de s'assurer qu'une «occasion d'apprendre» est bien là pour tous les objectifs, sur quinze semaines, pour chaque chose qu'on évaluera, ça demande beaucoup d'attention.

C'est à cette fin que j'ai créé un outil pour m'aider.

Une carte plutôt qu'une liste

Au lieu de dresser une liste, je dresse un schéma, avec des blocs et des flèches. Ça se passe dans le module d'alignement de Labo Codex, qui est, en fin de compte, un canevas qui me permet de créer une carte mentale.

Le canevas m'offre différents noeuds à relier : les compétences et les idées maitresses, le type de connaissances, les événements qui se déroulent en classe ainsi que les évaluations. Le tout est regroupé dans des leçons et des séquences de leçons. Un calcul automatique m'indique la durée totale de mes activités pour chaque leçon.

Je peux connecter entre les blocs les liens logiques qui leur donnent leur cohérence. Ces liens que l'on tisse entre les éléments ne servent pas à décorer la carte : ils sont l'alignement. On ne vérifie pas la cohérence de son cours après l'avoir bâti, on la fabrique en le travaillant.

Chaque noeud porte deux badges : l'un pour le lien qui entre, l'autre pour celui qui sort. Un crochet apparait quand les deux sont reliés, un point d'exclamation quand une connexion manque et un avertissement quand rien ne vient fermer le processus du côté de l'évaluation. Quand il ne reste plus d'avertissement, chaque objectif enseigné et chaque habileté développée est également vérifiée, mon cours est enfin aligné.

L'outil que j'ai construit est conçu pour être rapide et pratique, pas théorique et lourd. Il prend appui sur la recherche, mais mon désir est qu'il soit intuitif, organique, utile. Il me permet à la fois de réfléchir et de gagner du temps.

Je dépose sur le canevas différents noeuds de ma carte (les blocs de couleur) : un objectif, une connaissance, une activité, un dispositif de soutien, une évaluation. Puis je les les relie par un verbe. Ainsi, une connaissance « s'acquiert par » une activité. Un objectif « se vérifie par » une évaluation. Une idée maîtresse « se concrétise dans » une leçon.

Deux «contenants» suffisent. La «leçon» porte le contenu et la «séquence» regroupe plusieurs leçons. Une séquence peut aussi en contenir d'autres, si l'on travaille par modules, par étapes ou par thèmes selon la discipline de chacun·e. Les mots sont libres, c'est le rapport entre les niveaux qui est important. Mais la leçon est l'unité de base : c'est là que vivent les activités et les évaluations.

Quand la leçon a lieu, ce que je vérifie, c'est si tout fonctionne comme prévu. Les élèves apprennent-ils ? Y a-t-il des points de friction dans les tâches ? Manque-t-il des connaissances ? Je prends des notes pour la prochaine fois.

De la carte au calendrier

Anderson distingue deux alignements. L'alignement horizontal regarde si les objectifs, l'enseignement et l'évaluation concordent à un moment donné. Le vertical regarde la même chose, mais dans le temps. Il vérifie si la progression va du plus simple au plus complexe. Anderson estime que l'alignement vertical est bien moins étudié que l'horizontal. C'est pourtant celui qu'on vit en classe : ce n'est pas la semaine 7 qui pose problème, c'est ce qui la relie à la 6 et à la 8.

Une fois ma carte mentale établie, je place mes noeuds et mes leçons, semaine par semaine, dans une grille qui ressemble à un agenda. Mon cours prend alors sa forme réelle, avec une date. Ce que je n'ai pas encore placé demeure disponible sous mes yeux, dans une «réserve» d'objets non planifiés.

Les éléments que je crée et que j'aligne sont ensuite déplacés dans les 17 semaines du trimestre. Progressivement, c'est mon calendrier qui se crée ainsi. Je peux ensuite exporter le tout sous la forme d'un tableau dans mon plan de cours.

Je peux aller très loin dans le détail de l'alignement. Reste une objection que je me suis faite à moi-même : tout le monde n'a pas envie du même niveau de détail que moi. Personne ne devrait y être forcé non plus. On peut poser quelques activités et s'arrêter là, ou bien aller jusqu'aux étapes d'une leçon, c'est comme chacun·e le veut.

Je peux facilement produire une exportation de mon travail sous différents formats, tout dépendant de l'usage que je veux en faire. Un aperçu me permet de choisir les informations que je veux afficher et dans quel ordre les disposer. Le format TSV me permet de coller le tout directement dans un tableau de mon plan de cours.

En bout de ligne, mon alignement produit un calendrier sommaire (celui que je colle dans mon plan de cours et que mes étudiants liront) ou une version plus complète (celle que je garde pour moi et que j'annote en cours de trimestre).

Chez nous, la rentrée est le 20 août. C'est aujourd'hui que je me prépare, pas en septembre et c'est précisément pour ça que je publie ce texte maintenant plutôt qu'à l'automne.

L'application Labo Codex est perfectible évidemment, mais elle est libre, gratuite et hors ligne. De plus aucune donnée ne quitte votre ordinateur. L'accès est ouvert pour le moment. Si vous préparez un cours ces jours-ci, essayez d'aligner vos quinze semaines dans la carte et dites-moi ce qui marche bien ou pas. C'est exactement le retour ce dont j'ai besoin pour la suite. _ ◀︎

CoP Labo Codex

La CoP Labo Codex est une communauté de pratique composée d’enseignant·es du collégial qui souhaitent observer les données de leur propre classe pour améliorer l’apprentissage et l’enseignement. Plus il y a de membres, de disciplines et de contextes différents, plus il est possible d’avoir des discussions riches et fécondes. La communauté est hébergée par l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC). Première cohorte à l’automne 2026.

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CC BY-SA 4.0 (Attribution - Partage dans les mêmes conditions)

Publié le 10 août 2026

Références

Anderson, L. W. (2026). Curriculum alignment (Educational Practices Series, n° 37). Académie internationale de l'éducation et Bureau international d'éducation de l'UNESCO. unesdoc.unesco.org

Gauthier, C., Bissonnette, S. et Richard, M. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves : la gestion des apprentissages, Pearson.

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